Le cas, côté métier
Votre système de rémunération variable pousse-t-il vos commerciaux à vendre dans l'intérêt de l'entreprise — ou dans le leur ?
Et si la vraie négociation ne se jouait pas face au client, mais en interne, entre la stratégie de marge que vous affichez et les comportements que votre Pay Plan récompense réellement ?
Le problème et ses coûts
420k€ de CA signé. Objectif trimestriel dépassé. Tout le monde applaudit. Puis l'auditeur ouvre le contrat.
Marge initiale prévue : 28 %. Marge réelle après concessions : 18 %. Écart : 40k€ sur ce seul deal. Le commercial a cédé un SLA 24/7, des pénalités renforcées, 5 jours de formation inclus et un DSO à 60 jours fin de mois le 10. Aucun de ces engagements ne figurait dans le mandat de négociation. Aucun n'a été validé en amont.
Le Pay Plan étant indexé sur le CA signé à 1,2 %, Serge touche sa commission pleine. L'entreprise absorbe les 40k€ de marge manquante et les coûts de production liés aux engagements de service. Si trois deals identiques sont signés dans l'année, la perte d'EBITDA dépasse 1 %.
La réplique de Serge est imparable : « On ne m'a jamais demandé de défendre 28 %. On m'a demandé de closer. » Il a raison. C'est là le problème.
Ce n'est pas Serge le problème. C'est le système que vous avez validé.
Les questions qui fâchent
- Votre Pay Plan récompense-t-il le CA signé ou la marge dégagée — et vos commerciaux connaissent-ils la différence entre les deux ?
- Qui dans votre organisation a le mandat de refuser un deal dont les conditions contractuelles dégradent la marge au-delà d'un seuil défini ?
- Combien de vos contrats signés l'an dernier ont été audités après signature pour mesurer l'écart entre marge prévue et marge réelle ?
Pourquoi c'est explosif
Le problème n'est pas la négociation en solo. C'est l'absence de garde-fous qui la rend possible. Quand la stratégie ne descend pas jusqu'aux outils de pilotage, les comportements individuels prennent le contrôle — rationnellement, légitimement, et au détriment de l'entreprise.
La règle qui change tout : tout contrat au-dessus d'un seuil de CA ou comportant des engagements de service hors catalogue doit être validé par un double signataire avant signature client. Pas pour contrôler le commercial. Pour protéger l'entreprise de ses propres incentives.
Appliquée sans exception, cette règle ne bride pas les meilleurs vendeurs. Elle force la conversation entre la direction commerciale et la direction générale sur ce que l'entreprise est prête à céder — et à quel prix.
Actions managériales
- Auditer le Pay Plan actuel : indexation CA vs marge, seuils de déclenchement, engagements contractuels couverts ou non par la rémunération variable
- Définir un mandat de négociation formalisé par segment : remises autorisées, engagements de service plafonnés, seuils de marge non négociables
- Mettre en place un double signataire pour tout contrat dépassant un seuil de CA ou incluant des conditions hors catalogue
- Introduire une composante marge dans le calcul de la variable — même partielle — pour aligner l'incentive commercial sur l'intérêt de l'entreprise
- Mesurer l'écart marge prévue / marge réelle sur les 12 derniers mois et quantifier le coût réel du système actuel avant tout arbitrage
Votre dernier gros contrat signé : vous connaissez la marge réelle, après engagements de service ?
On s'occupe de ce sujet — ou on le laisse avec la poussière sous le tapis ?
Les situations et les chiffres de cette analyse sont des illustrations, inspirées du terrain.
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